






Synthèse générale des Rencontres de l’Université Euromed de Fès sur l’Alliance des Civilisations, par le Pr. Abdelhak Azzouzi
Fès les 27-28 avril 2026
Placées sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les Rencontres de l’Université Euromed de Fès sur l’Alliance des Civilisations, organisées les 27 et 28 avril 2026 à Fès par l’Université Euromed de Fès, la Chaire des Nations Unies pour l’Alliance des Civilisations, le Muslim World League, l’United Nations Alliance of Civilizations, ont constitué un événement international majeur dédié à la réflexion sur l’avenir de la civilisation humaine à l’épreuve de l’intelligence artificielle.
Réunissant plus de 2000 participants issus de 75 pays — responsables gouvernementaux, diplomates, hauts fonctionnaires internationaux, universitaires, experts, acteurs économiques et représentants de la société civile — ce Forum s’est imposé comme une plateforme de dialogue multidisciplinaire et interculturel de haut niveau, à la croisée des enjeux technologiques, éthiques, géopolitiques et sociétaux.
Dès la séance d’ouverture, marquée par la participation de personnalités de premier plan, les débats ont souligné l’importance stratégique d’une approche humaniste de l’intelligence artificielle, fondée sur les valeurs de dialogue, de paix, de responsabilité et de coopération internationale. Le rôle du Royaume du Maroc, et en particulier de la ville de Fès, en tant que carrefour historique de civilisations et espace de médiation interculturelle, a été largement mis en exergue.
Les travaux du Forum se sont articulés autour de plusieurs axes structurants. Les sessions plénières ont permis d’examiner les fondements d’une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, en mettant l’accent sur les impératifs de transparence, de responsabilité, de confiance et de régulation. Les discussions ont également porté sur les défis scientifiques liés à la robustesse des systèmes, à la qualité des données et à la nécessité de développer des modèles explicables et éthiques.
Une attention particulière a été accordée aux applications sectorielles de l’intelligence artificielle, notamment dans le domaine de la santé, où les avancées technologiques offrent des perspectives considérables en matière de diagnostic, de médecine personnalisée et d’optimisation des systèmes de soins, tout en soulevant des enjeux critiques liés à la protection des données et à la responsabilité médicale.
Le Forum a également mis en lumière les implications géopolitiques de l’intelligence artificielle, considérée comme un levier stratégique de puissance, susceptible de redéfinir les équilibres internationaux. Dans ce contexte, les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la coopération multilatérale afin d’éviter les risques de fragmentation technologique et de divergence normative.
Une attention particulière a été portée à la dimension africaine de ces transformations. Les échanges ont mis en évidence l’émergence progressive d’une dynamique continentale visant à faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté technologique, de développement inclusif et de stabilité. Cette dynamique s’appuie notamment sur des initiatives structurantes visant à promouvoir un accès équitable aux technologies, à soutenir l’innovation locale et à renforcer les capacités humaines dans les métiers de l’IA.
Les débats ont également permis d’identifier des préoccupations majeures liées à l’impact de l’intelligence artificielle sur les équilibres institutionnels et sécuritaires. La prolifération de contenus manipulés, la montée des campagnes de désinformation et l’utilisation croissante des technologies numériques dans les dynamiques de conflictualité constituent des défis critiques, susceptibles d’affecter la confiance dans les institutions et de fragiliser la cohésion sociale.
Face à ces enjeux, un consensus s’est dégagé sur la nécessité de mettre en place des mécanismes innovants et adaptés, notamment des dispositifs de veille stratégique, d’alerte précoce et de réponse rapide face aux manipulations informationnelles, ainsi que des outils de détection des discours de haine et de gestion des crises numériques. Le renforcement des capacités humaines africaines dans les métiers de l’intelligence artificielle et le développement de solutions technologiques endogènes ont également été identifiés comme des priorités essentielles.
Les sessions consacrées aux valeurs humaines et au vivre-ensemble ont permis de rappeler que le développement de l’intelligence artificielle ne saurait être dissocié des principes éthiques universels. Les échanges ont souligné l’importance d’intégrer les sciences humaines et sociales dans la conception des technologies, afin de garantir leur alignement avec les attentes des sociétés et de prévenir toute forme de déshumanisation.
Par ailleurs, les travaux ont mis en évidence le rôle central de la jeunesse, dont la participation massive a constitué l’un des points forts de ces Rencontres. Les jeunes participants ont été reconnus comme des acteurs clés dans la construction d’un avenir numérique responsable, inclusif et innovant.
Au terme de ces deux journées, un consensus fort s’est dégagé autour de plusieurs orientations majeures :
- La nécessité d’inscrire le développement de l’intelligence artificielle dans une approche éthique, inclusive et centrée sur l’humain ;
- L’importance de promouvoir une gouvernance mondiale concertée, fondée sur des cadres normatifs partagés ;
- Le rôle stratégique du dialogue interculturel et inter-civilisationnel dans la régulation des transformations technologiques ;
- L’urgence de renforcer la confiance dans les systèmes d’intelligence artificielle à travers la transparence, la responsabilité et la certification ;
- La nécessité de réduire les fractures numériques et de garantir un accès équitable aux technologies, notamment à l’échelle africaine ;
- Le développement d’une intelligence artificielle souveraine, responsable et orientée vers les besoins des populations ;
- L’intégration des dimensions éducatives, culturelles et sociales dans les politiques publiques liées à l’intelligence artificielle.
Ces Rencontres ont ainsi permis de poser les bases d’une réflexion collective approfondie sur les interactions entre intelligence artificielle et civilisation humaine, tout en affirmant la vocation de la ville de Fès, de l’Université Euromed, de Muslim Word League et de l’UNAOC comme plateformes internationales de dialogue, de connaissance et d’innovation.
En définitive, le Forum de Fès aura contribué à faire émerger une conviction partagée : le progrès technologique ne peut trouver son sens et sa légitimité que s’il est mis au service de l’humanité, de sa dignité et de son avenir commun, tout en ouvrant la voie à l’émergence d’une intelligence artificielle plus équitable, régulée et ancrée dans les réalités des différentes régions du monde.


