Participation de la chaire des Nations Unies pour l’Alliance des Civilisations au « Saudi Media Forum 2026 »

Le Pr Abdelhak Azzouzi, président de la Chaire des Nations Unies pour l’Alliance des civilisations, a participé à la cinquième édition du « SAUDI MEDIA FORUM » , organisée cette année autour du thème : « Les médias dans un monde en mutation ».
À cette occasion, le Forum s’est vu décerner une certification du Livre Guinness des records, en tant que plus grand événement médiatique au monde en nombre de participants, avec 65 603 visiteurs, confirmant ainsi son positionnement croissant comme plateforme internationale de référence dans le secteur des médias.

Dans le cadre de sa participation à la session intitulée « L’autorégulation : entre liberté et responsabilité médiatique », animée par la journaliste Mme Rana Abtar, le Pr Azzouzi est revenu sur les fondements du monde numérique, lequel a profondément transformé les modes de communication sociale aux niveaux local et international, contribuant à la réduction des limites imposées par la géographie classique.
Ce nouvel environnement offre à l’ensemble des composantes de la société la possibilité d’interagir de manière instantanée et continue avec les contenus diffusés, écrits ou audiovisuels, permettant à chacun de réagir à l’information à tout moment, sans contrainte.

Il a souligné que la maîtrise de ces outils numériques confère un pouvoir d’influence considérable, susceptible d’orienter les choix individuels et collectifs, y compris les comportements électoraux, et d’impacter la stabilité sociale des États. Il a également attiré l’attention sur les effets négatifs potentiels de ces dynamiques, notamment lorsque les émotions des enfants et des adolescents deviennent des objets de manipulation ou de marchandisation, que ce soit par le biais des plateformes numériques ou des algorithmes, dans un univers virtuel désormais omniprésent dans leur quotidien, comme cela a déjà été analysé dans une contribution antérieure.

Les nouveaux médias et les réseaux sociaux ont ainsi instauré une rupture quasi structurelle avec les médias traditionnels audiovisuels. En effet, les élites ne constituent plus les seuls acteurs producteurs de contenus, d’analyses et d’influence, tandis que les réseaux sociaux se sont imposés comme des espaces ouverts, investis par des millions d’utilisateurs de toutes générations.

Que révèle cette transformation profonde ?

Le monde numérique s’apparente désormais à un espace vaste et difficilement maîtrisable, dans lequel les réseaux sociaux échappent largement aux mécanismes classiques de contrôle et de régulation. Les États ne disposent pas toujours des infrastructures techniques et institutionnelles nécessaires pour assurer une supervision efficace des contenus numériques ou pour en interrompre la diffusion. Par ailleurs, ces plateformes exercent une influence croissante tant sur les dynamiques internes des sociétés que sur l’environnement stratégique international.

C’est dans ce contexte que s’impose la question de la responsabilité, laquelle revêt une double dimension indissociable : une responsabilité individuelle et une responsabilité collective.
Ces deux dimensions sont intrinsèquement liées à la problématique des valeurs, entendues comme l’ensemble des principes, normes et idéaux universels qui fondent la coexistence des individus et des sociétés. Les valeurs constituent un cadre de référence positif régulant les comportements, tant moraux que matériels, et englobent les vertus éthiques et sociales orientant la conduite individuelle, garantissant la cohérence, l’équilibre et la stabilité des interactions sociales.

La responsabilité collective se traduit, quant à elle, par la nécessité d’élaborer des cadres juridiques et des législations internationales capables de lutter contre les dérives numériques, la désinformation et les formes de manipulation des contenus. Une telle démarche apparaît indispensable dans un monde en mutation, bien qu’elle demeure complexe à mettre en œuvre. La question centrale reste celle de l’équilibre à établir entre la liberté d’expression et l’institutionnalisation de valeurs universellement reconnues.

Il s’agit, en d’autres termes, de réfléchir aux modalités de régulation et d’encadrement des contenus diffusés sur les réseaux sociaux, de manière à les aligner sur les principes communs qui unissent l’humanité. Un tel objectif ne saurait relever de la compétence d’un État ou d’une organisation isolée ; il requiert une prise de conscience collective, ainsi qu’un renforcement des partenariats et des coalitions à tous les niveaux, afin de constituer une force de plaidoyer capable d’influencer les grandes entreprises numériques mondiales et les concepteurs d’algorithmes. Ceux-ci sont appelés à fonder leurs choix sur les valeurs humaines universelles, plutôt que sur des logiques exclusivement guidées par le profit et les intérêts économiques.

Entretien exclusif avec le Pr Abdelhak Azzouzi pour Al Arabiya, en marge du « SAUDI MEDIA FORUM ».